Ascension
Le mouvement vers la hauteur de l'idéal : aspiration, exaltation, élévation.
Chute
L'effondrement dans la déchéance : la présence est tirée vers le bas, vers le sol, vers la pesanteur.
Pour Binswanger, le sens n'est pas une idée que l'on a : c'est un mouvement dans lequel on est. Monter, s'élargir, s'éclairer, ou bien tomber, se resserrer, s'obscurcir : ces directions ne sont pas des images, elles sont l'architecture de l'existence, et le corps en est le premier lieu.
Le contenu sémantique : ce que cela veut dire.
L'orientation spatiale : vers où cela porte.
L'affectivité vécue : ce que cela fait éprouver.
La Daseinsanalyse naît d'une rupture avec la psychiatrie classique. Binswanger cesse de demander « de quelle maladie s'agit-il ? » pour demander « quel monde cette personne habite-t-elle ? ».
Husserl : la phénoménologie comme méthode d'intuition, pour saisir l'eidos des vécus pathologiques.
Après la lecture d'Être et Temps, l'intentionnalité s'élargit en être-au-monde. Le regard se porte sur le projet-de-monde, l'espace et le temps vécus.
Une phénoménologie de la constitution : la genèse de l'expérience délirante, la subjectivité transcendantale.
Cet espace n'est jamais neutre : c'est un espace thymique (gestimmter Raum), coloré d'humeur, qui rythme les « diastoles et systoles de l'existence ». Déplacez les trois curseurs. La présence, en orange, se tient plus haut ou plus bas, dans un monde plus large ou plus étroit, plus clair ou plus obscur, et tient ou non sur son assise.
Ces polarités ne sont pas de simples métaphores : elles précèdent le langage. Quand un patient dit « moral bas » ou « chute », il ne parle pas par image : il exprime la vérité de son être-homme. La spatialité psychique et la spatialité physique procèdent d'une même direction significative.
Le mouvement vers la hauteur de l'idéal : aspiration, exaltation, élévation.
L'effondrement dans la déchéance : la présence est tirée vers le bas, vers le sol, vers la pesanteur.
L'ouverture aux possibles : un horizon qui respire, de la marge, de l'avenir devant soi. Lecture possible : la diastole de l'existence.
Le rétrécissement étouffant de l'horizon. Lecture possible : la systole de l'existence.
La transparence de l'être-soi : on se voit, on voit le monde, les choses se donnent avec netteté.
L'opacité du monde environnant : les choses se ferment, la présence devient indistincte à elle-même.
On ne peut pas déplacer l'une sans infléchir les autres. Un monde qui se rétrécit s'assombrit, une chute est aussi une fermeture. C'est ce que montre la scène ci-dessus.
Chaque direction est à la fois signification, orientation et sensation : « chute » désigne un mouvement dans l'espace, un état affectif et un sens existentiel, sans que l'on puisse les dissocier.
Le Leib, corps vécu, n'est pas un objet que la personne posséderait : il est le moyen d'expression de ses modes d'être. C'est là que l'orientation spatiale et l'affectivité se confondent.
La profondeur de l'être propre s'exprime au centre : le « cœur qui parle ». À la périphérie, le corps est subi et impersonnel.
Site stratégique des échanges entre le monde propre (Eigenwelt) et le monde environnant (Umwelt). Deux mouvements contraires s'y jouent.
Binswanger n'y lit pas un symptôme isolé, mais une stagnation existentielle : le mouvement du monde s'est arrêté avec la voix.
La santé tient dans la proportion anthropologique : l'équilibre entre la hauteur et l'étendue (l'assise dans l'expérience). La pathologie apparaît lorsqu'une direction de sens devient exclusive et se détache de son contraire.
Une élévation sans fondement dans la réalité : la hauteur a distancé l'étendue. Le mot vient de l'alpinisme, sich versteigen : monter si haut qu'on ne peut ni avancer ni redescendre. Exemple de la synthèse : Madame Bovary. Chez Ibsen, le constructeur Solness et sa tour.
Une perte d'authenticité et un figement de la présence : la personne rejoue une forme, sans qu'aucun mouvement ne la traverse plus.
Une rupture de l'équilibre structural de l'être-au-monde : la trame de l'espace vécu est gauchie, et la présence s'y tient de travers, sans le savoir.
Rouvrir les possibilités d'existence du patient, sans lui imposer de direction. Le guide n'ordonne pas l'itinéraire : il accompagne le patient dans la reconstruction de son « histoire intérieure de la vie ».
Deux régimes séparés : l'intuition du sens d'un côté, la causalité de l'autre. Pour lui, le psychisme n'obéit pas à des lois structurelles.
« Fervent pionnier » devenu « ennemi » pour Binswanger.
Les « lois » psychiques ne sont pas des causalités mécaniques, mais des règles structurales saisies par une compréhension empathique (einfühlende Verstehen). Les faits psychiques s'ordonnent de l'intérieur : ils manifestent des directions de sens immanentes. Binswanger défend en cela la méthode freudienne.
Objectif : découvrir les flexions de la structure de l'être-au-monde à travers l'histoire intérieure de la vie. Où la hauteur a-t-elle distancé l'étendue ? Où l'horizon s'est-il resserré ?
Objectif : favoriser un bouleversement existentiel où le patient s'approprie le « comment » de son enlisement. Il ne s'agit pas de lui expliquer sa direction, mais de la lui faire éprouver.
Objectif : établir un « être-ensemble » authentique, dans un présent qui temporalise de nouvelles possibilités d'avenir. La relation elle-même rouvre l'espace.