Pour quoi faire ?
Tenir l'entre-deux ouvert, à une époque qui le referme.
Ce qui se joue
Un monde qui comble ses intervalles
Nous vivons un temps qui ne supporte plus l'intervalle. Tout y presse de combler l'écart : la réponse est immédiate, le flux est continu, la place laissée à ce qui n'est pas encore dit se rétrécit. On nous demande de plus en plus de croire — des contenus, des opinions, des certitudes qui défilent — et de moins en moins d'éprouver.
Or c'est dans l'intervalle que quelque chose arrive. L'aida (間), l'« entre » en japonais, désigne précisément ce fond, à la fois pathique et signifiant, à partir duquel un monde peut naître de la tension entre les êtres et leur milieu. Quand cet entre-deux se referme, la rencontre devient consommation, l'altérité devient menace ou marchandise, et la pensée se réduit à une posture que l'on affiche.
Notre raison d'être tient en une phrase : refuser de combler l'entre-deux, et en faire au contraire le lieu d'une expérience.
Notre discipline
Tenir la tension plutôt que la résoudre
L'association n'enseigne pas une doctrine et ne propose pas un savoir de plus à accumuler. Elle exerce une discipline : maintenir ouvertes, sans les faire s'effondrer d'un côté, des tensions que l'époque voudrait trancher. Ce ne sont pas des thèmes à comprendre, mais des écarts à habiter.
Orient & Occident
Faire dialoguer phénoménologie occidentale et pensée japonaise sans dissoudre l'une dans l'autre.
Silence & parole
Laisser à l'indicible sa place, pour que la parole ne recouvre pas ce qu'elle prétend dire.
Zen & phénoménologie
Deux manières d'aller à l'expérience nue : les tenir ensemble sans les confondre.
Soi & l'autre
Faire de la confrontation à l'altérité un chemin, non un danger à neutraliser.
À qui cela s'adresse
Nul besoin d'être initié
On ne vous demande pas de connaître Maldiney, Kimura ou la tradition zen. On vous demande seulement une disposition : accepter d'éprouver avant de conclure, de rester un instant dans ce qui n'est pas encore tranché.
Soignant, dirigeant, artiste, chercheur ou simplement curieux — l'entre-deux vous concerne, parce qu'il est le lieu même où la relation a lieu. C'est là que se décide, bien avant les idées, la qualité de ce qui se passe entre les êtres.
Franchir le seuil
L'entre-deux ne se comprend pas d'abord : il s'éprouve. Nos voies — corporelles, méditatives, dialogiques, artistiques — et nos cafés philo sont autant de manières concrètes d'y entrer. Le plus court chemin vers l'aida n'est pas de le penser, mais de s'y risquer.